Conseils pour améliorer sa mémoire

Par Adam POPESCU, NEW YORK TIMES, le 19 octobre 2017

Traduit par Pierre Massot

Pourquoi chercher à se souvenir quand toute la connaissance humaine est à portée de main, dans notre poche ?

 

La plupart d’entre nous consulte en moyenne son portable 47 fois par jour, presque le double pour les 18-25 ans. Ceci peut expliquer pourquoi certains d’entre nous ont du mal à se constituer des souvenirs au vu de la masse d’informations que nous recevons. Les smartphones modifient notre façon de marcher, de parler, de réfléchir.

Et ce n’est qu’un début.

« Grâce à une recherche sur Google, on peut tout obtenir presque instantanément. Alors pourquoi stocker des informations inutiles ? » déclare Joseph LeDoux, Directeur de l’« Emotional Brain Institute » de l’université de New-York.

Monsieur LeDoux dont les travaux portent sur la façon dont notre cerveau gère les mémoires, a déclaré que cette situation d’instantanéité compromet notre capacité de jugement sur les informations à filtrer et à stocker.

Comme nous ne sommes plus obligés de stocker des données de base, nous nous retrouvons avec un espace cognitif plus vaste. Mais comment sélectionnons-nous ce dont nous nous souvenons ?

Monsieur LeDoux explique qu’il y a deux principaux types de souvenirs : les souvenirs explicites, qui sont créés par l’expérience consciente, et les souvenirs implicites qui se forment lorsque des expériences passées nous affectent, parfois à notre insu, en réaction à un événement de peur face à des situations dangereuses.  C’est le cas, par exemple quand nos mains deviennent moites à la vue d’un chien si nous avons déjà été mordu un jour.

La mémoire est une chose faillible et en évolution constante. Faire revenir au présent un souvenir de la mémoire à long terme en modifie fondamentalement le contexte. Se souvenir est un processus d'agrégation du passé et non pas une somme de photographies. Cela a lieu par mesure d'économie pour nos cerveaux. Contrairement aux ordinateurs qui sont en permanence en train de réenregistrer les souvenirs, notre mode de fonctionnement les rend beaucoup plus faillibles.

De plus, nous sommes absorbés par nos écrans, nos navigations sans fin. Nos écouteurs diffusent de la musique en streaming, nos smartphones vrombissent, nous bavardons avec des collègues sur Slack, et tout cela pendant que nous devrions accomplir le travail pour lequel nous sommes payés.

« Beaucoup de gens ne semblent pas conscients qu’ils pourraient être plus productifs s’ils maintenaient une attention plus constante et plus soutenue sur une tâche » déclare Nelson Cowan, spécialiste de la mémoire à l’Université du Missouri. « C’est peut-être exaltant de passer d’une conversation à l’autre sur Facebook, mais les gens ne réalisent pas ce qui se passe dans ce processus. Cela revient à avoir une délicieuse soupe dans la tête ! Souvent, les gens qui pensent qu’ils peuvent faire plusieurs choses en même temps sont ceux qui manquent le plus de concentration ».

Monsieur Le Doux ajoute que : « Il y a des limites à ce que le cerveau peut traiter ou gérer ». Ces deux chercheurs ont raison mais heureusement, il y a des choses que nous pouvons faire pour améliorer notre mémorisation.

 

Répète après moi

 

Aussi simple que cela puisse paraître, la répétition de tâches – lire, répéter des mots encore et encore – reste la meilleure façon de transformer des souvenirs à court terme en souvenirs à long terme. Pour ce faire, nous devons rester concentrés sur une seule tâche à la fois. Malheureusement, la plupart d’entre nous ne tenons pas compte de ce principe parce que nous sommes persuadés d’être productifs.

Quand nous apprenons, de nouvelles connexions se créent dans notre cerveau. Pour se souvenir de quelque chose, il faut faire ce que nous faisions dans notre jeunesse : se répéter les mots, les souvenirs et les idées encore et encore jusqu’à ce que nous les ayons intégrés. C’est l’activité cérébrale la plus simple qui soit.

 

Prends ton temps

 

Oubliez le bachotage ! Ça n’a pas marché à la fac, ça ne marchera pas plus aujourd’hui. La répétition espacée est probablement un meilleur moyen.

Robert Bjork, Directeur du département de psychologie de U.C.L.A. a déclaré que faire entrer des faits à toute vitesse dans nos cerveaux aboutissait à les oublier sur le long terme. Quand on se répète une information, qu’on s’exerce régulièrement à une pratique, la mémoire à long terme se met en place. La recherche l’a montré. Donc, intégrer dans la vie quotidienne ce dont on veut se souvenir, au fil de l’eau, augmente considérablement les chances de conserver l’information.

Mais une fois que vous arrêtez de répéter une information, la rétention diminue profondément. Les chercheurs appellent cela la « Courbe de l’oubli ». Pour vous le prouvez, espacez de quelques jours la fréquence de répétition d’une information et regardez les conséquences sur vous-même.

Mais soyez prudents : baisser la fréquence de répétition ou sa planification semble diminuer la mémorisation. Il convient donc que chacun trouve le moyen simple qui fonctionne pour lui. C’est une bonne méthode pour se lancer dans l’apprentissage d’une nouvelle langue.

 

Asseyez-vous et soyez présent

 

La mémoire et la concentration vont de pair. Le Dr Cowan suggère de réorganiser notre espace de travail afin d’améliorer la concentration. Il pense que les open-spaces et les conceptions collaboratives style « Start-up » vantées par les gros bonnets de la Silicon Valley nous rendent en réalité beaucoup moins productifs, car cette conception crée des perturbations supplémentaires.

Comment rester concentré sur sa tâche quand votre collègue joue avec son drone, ou grignote bruyamment sans arrêt sous votre nez ?

« Le retour à des lieux de travail ouverts n’améliore pas cette situation » a déclaré le Dr Cowan, faisant allusion aux open-spaces sans cloisons ni aucune délimitation privative, remplis de jeux et distractions. Les salles de yoga, les murs d’escalade et les jardins peuvent procurer de grands bienfaits, mais tous ces stimuli peuvent nuire au respect des délais.

De nombreuses études ont montré que la procrastination génère du stress et réduit les efforts à néant. Arrêtez de vous engager dans des tâches inutiles telles que surfer sur le Web et attaquez-vous à ce que vous devez faire.

Vous verrez ainsi votre concentration et votre mémoire s’améliorer. Le Dr Cowan explique que la mémoire et la concentration sont plus efficaces quand elles chassent les « hackers de la vie ».

 

Etre présent et se donner des points de repère

 

Nos esprits errent constamment. Pour les étudiants, les contrôles réguliers stimulent la concentration car ils savent qu’ils vont être interrogés. Les chercheurs de Harvard témoignent que cette approche réduit la rêverie de 50 % et améliore les résultats.

Daniel Schacter, un psychologue et co-auteur de l’étude réalisée à Harvard qui a écrit : « Les 7 péchés de la mémoire » déclare que la clé est la concentration.

En surfant en ligne, nous ne nous préoccupons pas de la baisse importante de l’attention. Mais au volant, c’est tout sauf neutre ! Il ajoute que cette inattention peut changer le cours d’une vie et qu'il s'agit là de la plus grande faille de la mémoire.

Monsieur Schacter suggère d’utiliser des repères -visuels ou verbaux- pour des objets comme les clés, afin d’associer des lieux et des objets. Des appareils électroniques peuvent nous rappeler où sont nos clés, nous signaler nos échéances de vaccination. Des applications comme Waze peuvent nous rappeler que nous avons laissé le bébé dans la voiture. Cela peut paraître idiot, mais commettre ce genre d’erreur est tout à fait tragique.

La mémoire est très volatile, dit-il, en faisant allusion à ce qu’il appelle la perte de la mémoire consciente. Toutes les personnes responsables pensent que cette défaillance ne pourra pas leur arriver. N’empêche que si vous n’avez pas de point de repère, vous pouvez oublier presque tout.

Il ajoute : « Le point le plus délicat à propos de cette défaillance est qu’elle peut affecter presque n’importe quoi si vous n’avez pas de référant au moment où il vous faudra réagir ».

Un moyen simple pour éviter cela consiste à se faire des rappels. Mieux, combiner des techniques comme noter sur un Post-it placé sur votre bureau (vous le verrez à plusieurs fois pendant un bon moment), se répéter la tâche à accomplir, gravent l’information dans la mémoire. 

« Beaucoup de gens sont trop confiants dans le fait qu’ils peuvent gérer leur distraction » déclare Monsieur Schacter. « Faire deux choses à la fois n’est jamais sans conséquence. Soyez attentifs à la situation dans laquelle vous vous trouvez, et dites-vous que lorsque vous vous laisser distraire, vous risquer d’en payer le prix. Dans certaines situations, cela sera sans conséquence, mais dans d’autres, cela pourra être dramatique».

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