Fiche de lecture du livre de Michel Desmurget :

"TV lobotomie"

Extraits

TV omniprésente partout tout le temps :

 

Dans l’histoire de l’humanité, nul bien de consommation n’a colonisé la vie des hommes aussi prestement que la télévision.

Aux USA, il a fallu 7 ans pour que le taux d’équipement des foyers passe de 1 à 75 %. Aujourd’hui, 79 % des foyers possèdent au moins 3 postes et plus de 70 % des enfants de 8 ans et plus ont un poste dans leur chambre à coucher.

En France, 57 % des adultes ont une télévision dans leur chambre, 41 % des 13-14 ans et 25 % des 6-8 ans.

Pour atteindre le même niveau de couverture, la radio a mis 14 ans, le réfrigérateur 23, l’aspirateur 48, l’automobile 52, le téléphone 67, et le livre plusieurs siècles !

 

« Lorsque la télévision est apparue, les parents ne manquèrent pas de reconnaître l’incroyable opportunité que celle-ci leur offrait : une pression sur l’interrupteur pouvait changer leur enfant, totalement bien que temporairement, d’une créature énergique, bruyante, importune, avide d’activité et d’expérience et demandant une supervision et une attention constante en une présence docile, silencieuse et peu exigeante.

Mais ces choses précisément que les enfants font et qui causent tant de difficultés aux parents, ces explorations, manipulations, et incessantes expériences de cause et d’effets, sont profitables et même nécessaires pour les enfants.

Cela pourrait donner aux parents matière à réflexion de considérer que le fait de traiter les comportements difficiles de leurs enfants en les éliminant complètement via la télévision n’est pas totalement différent de supprimer le comportement naturel d’un enfant en le menaçant de représailles physiques.

C’est étonnamment similaire à ce qui se passe quand on drogue un enfant pour le rendre inactif avec du laudanum ou du gin ».

« The Plug-in-drug » - Penguin Group – 2002

 

Un spectateur « typique » de plus de 15 ans passe chaque jour 3.40 heures devant son poste de télévision (données Médiamétrie de 2010). C’est-à-dire 20 à 25 % de notre temps de veille et 75 % de notre temps libre ! Cela fait aussi 1 338 heures par an, soit 56 jours (presque deux mois !).

 

Accrocher les téléspectateurs :

 

Plus les gens regardent la télévision et plus grandes sont les probabilités qu’ils continuent à le faire. Cette martingale cinétique fut découverte il y a une quarantaine d’années, au cours de recherches destinées à optimiser l’attention des enfants aux programmes « éducatifs ».

L’hypothèse de base stipulait qu’une augmentation de l’acuité attentionnelle des jeunes téléspectateurs pourrait améliorer l’apprentissage. Les résultats se révélèrent conformes à la prédiction, mais uniquement pour les contenus simples, à faible charge cognitive. Dès que le message devenait un peu complexe ou riche, l‘accroissement artificiel du niveau d’attention provoquait une altération des fonctions de compréhension et de mémorisation.

Pour faire simple, on pourrait dire que le cerveau n’avait alors plus assez de ressources pour tout traiter. Il se contentait donc, comme le lui impose son architecture fonctionnelle, de faire attention aux changements incessants de la scène audiovisuelle, sans pouvoir réellement décoder et stocker les contenus observés.

A terme, cette incapacité à suivre le fil des événements se traduisait cependant par un lourd décrochage attentionnel. Il apparaît en effet que les facteurs exogènes ne sont pas les seuls à déterminer le niveau d’attention des sujets. Le degré de compréhension du message joue aussi un rôle important.

En conséquence, les contenus simples, délivrés sur la base de changements audiovisuels rapides, doivent être privilégiés pour accrocher l’attention du spectateur et prévenir toute effusion d’audience.

 

Perte de l’intelligence :

 

Nombre de données expérimentales montrent que la télévision joue un rôle critique dans les difficultés désormais éprouvées par beaucoup d’enfants et d’adolescents vis à vis de l’école, de la langue et de la pensée. Les recherches récentes établissent la télévision comme une gigantesque machine à abrutir, un incroyable organe de décérébration dont nos gosses sont les premières victimes.

 

TV et scolarité :

 

Il existe un lien causal fort entre exposition télévisuelle et performances scolaires. Il est établi que la télévision altère en profondeur plusieurs piliers de la réussite académique. Diligence, intelligence, lecture, langage, attention et imagination ne sortent pas indemnes du courant cathodique. Le poste est un voleur de temps. Il est aussi une cause d’isolement social, une source de paresse intellectuelle, un agent de stérilité cognitive et un vecteur de déstructuration psychique.

A l’heure où les parents dépensent des sommes faramineuses en cours de soutien pour assurer la réussite scolaire de leurs gamins, on peut s’étonner de l’impunité accordée à Dame Télévision.

Étrange schizophrénie qui exige une éducation d’excellence et livre nos enfants aux contenus médiatiques les plus débilitants.

 

TV et immédiateté :

 

La télévision conditionne littéralement nos enfants à l’immédiateté.

Il ne faut que quelques instants au plus navrant crétin pour devenir une « star » et occuper la Une des magazines people. Un QI de blaireau suffit à comprendre, sans effort ni délai, 99,9% des émissions du PAF.

Un déluge d’injonctions publicitaires, largement subliminales imprègne irrévocablement nos « cerveaux disponibles » d’un modèle de bonheur non différé, base sur l’accès instantané aux biens les plus divers. Un rapport rédigé par le Collectif interassociatif enfance et média (CIEM) stigmatise l’incapacité du corps social à prendre « la mesure du rôle des médias dans le développement des jeunes et la construction de leur identité ». Les auteurs concluent que la télévision « fonctionne sur des valeurs souvent opposées à celles de l’école : promotion de la réussite spectaculaire sans efforts, promotion de l’exposition de l’intimité, fonctionnement dans instantanéité et la satisfaction immédiate ». 

 

TV et business :

 

Pour éviter toute menace sur leur lucratif business, les vendeurs de cerveaux ont développé une mythologie dont le message tient en quelques mots : la télévision n’est ni bonne ni mauvaise, son influence dépend des contenus : lorsque ceux-ci sont adaptés, ils soutiennent efficacement le développement intellectuel de l’enfant.

Comme l’enfant ne serait pas toujours stimulé de façon optimale par son environnement, la télévision, via les programmes pour bébés constituerait un outil efficace d’enrichissement du milieu.

 

Le poste ne peut être érigé à l’état de tuteur compétent au seul motif que certains enfants ne jouissent pas d’un cadre de développement optimal. Il manque et manquera toujours au poste un attribut professoral fondateur : l’interactivité. La télévision n’opine pas de la tête pour accompagner positivement une action de l’enfant. Elle n’adapte pas ses propos aux expressions d’incompréhension que ce dernier peut produire. Elle ne nomme pas les objets qu’il regarde. Elle n’imite pas les mots qu’il articule. Elle ne corrige pas les énoncés qu’il formule. Elle ne répond pas aux vocalises qu’il développe.

 

TV et santé :

 

Imaginez une substance récréative dont l’ingestion accroîtrait considérablement la prévalence de l’obésité, du tabagisme, de ‘alcoolisme, des troubles du sommeil, des actes suicidaires, des conduites sexuelles à risques et des désordres du comportement alimentaire (anorexie/boulimie).

Envisageriez-vous d’ouvrir les portes de votre foyer à cette substance ?

Accepteriez-vous que vos enfants soient soumis à son influence ?

 

La télévision n’est pas un loisir anodin.

 

Manger plus, bouger moins

Depuis 25 ans une écrasante majorité des études menées sur les effets de la consommation audiovisuelle sur l’obésité ont montré que plus un individu regardait le petit écran et plus il avait de chances d’être pansu.

D’autre part, quand un sujet a été abandonné enfant aux affres de la télé, il reste plus exposé au risque pondéral une fois devenu adulte et ce quelle que soit l’évolution de sa consommation.

90% des enfants de 3 à 8 ans consomment des aliments solides ou des boissons sucrées quand ils regardent la télé. Par ailleurs, quand la petite lucarne est allumée, l’individu s’alimente non seulement moins sainement, mais aussi en plus grande quantité.

De plus, il s’avère que la télévision nous incite à manger même lorsque nous n’avons pas faim.

 

Partout dans le monde, les géants de l’industrie agro-alimentaire sont les premiers annonceurs télévisuels. Leurs dépenses se chiffrent chaque année en milliards d’euros. Une gigantesque analyse détaillée des contenus publicitaires ayant pour but de déterminer combien de publicités les enfants voient effectivement en s’appuyant sur le mélange des programmes qu’ils regardent est effarant : les enfants de 2-7 ans voient chaque année 4 400 spots de publicités alimentaires. Les 8-12 ans sont à 7 600 et les 13-17 ans à 6 000. Au sein des programmes jeunesse, la moitié de la couverture publicitaire est consacrée à des produits alimentaires.

 

Faire de l’enfant un fumeur :

La littérature scientifique (Lancet, Pediatrics) montre avec une terrible constance que plus un adolescent voit d’acteurs fumer à l’écran et plus il a de chances de devenir un client stable des cigarettiers. Il apparaît que plus un jeune spectateur est soumis à un nombre important de références tabagiques et plus il a de chances, premièrement, de penser que la plupart des adultes fument et, deuxièmement, de développer des attentes positives vis-à-vis de la cigarette. Les risques engendrés par l‘exposition tabagique dans l’audiovisuel n’est pas une opinion, mais une observation établie à partir d’une masse impressionnante de travaux scientifiques dont l’O.M.S. et l’Institut national américain du cancer ont récemment reconnu le caractère indiscutable.

Pourquoi ne pas offrir aux parents une information fiable sur la charge tabagique (et alcoolique et sexuelle) d’un film ?

Sans cette information, où est la liberté éducative des parents ?

 

Boire plus et plus tôt :

L’interdiction stricte de toute publicité audiovisuelle pour les boissons alcoolisées endigue partiellement, au sein de la population juvénile, la survenue des comportements d’usage. Toutefois, l’alcool n’a pas besoin d’écrans commerciaux formels pour diffuser son message. L’alcool est omniprésent sur le petit écran à travers notamment les programmes de "prime time", les clips musicaux et les productions cinématographiques.

Il a été établi que 80 à 90% des films issus des box-offices américain et allemand présentaient des scènes d’alcoolisation. Il est clairement établi que plus un jeune spectateur voit d’acteurs jouer de la bouteille et plus il a de chances de boire précocement, en larges quantités.

 

Du sexe, du sexe et encore du sexe :

La télévision contribue directement à propager au sein de la population juvénile des croyances et stéréotypes sexuels lourdement préjudiciables.

Par exemple, 10% des jeunes de 15 à 20 ans pensent que les contraceptifs oraux protègent des infections sexuellement transmissibles. 60% des adultes affirment qu’il est possible d’avoir, sans risque de grossesse, des rapports non protégés à certains moments du cycle menstruel.

Il faut être totalement naïf pour croire que quelques spots de prévention et trois séances annuelles réglementaires d’éducation sexuelle sont susceptibles de contrebalancer l’effet des centaines d’heures de programmes audiovisuels ingurgités chaque année par les adolescents. 

 

TV et sommeil :

Plus les décennies avancent et moins nous dormons. Or, la longueur et la qualité d nos nuits sont des éléments essentiels de notre bonne santé. Un manque de sommeil a sur l’organisme des effets dévastateurs : obésité, diabète, hypertension, dépression, perturbations du développement cérébral, émergence de comportements suicidaires, affaissement des défenses immunitaires, augmentation de certains cancers, exacerbation de la douleur physique, accroissement des risques d’accident du travail et de la route, usage de substance psychotropes dont l’alcool, la nicotine et la caféine. Il convient d’ajouter à cette liste une altération sévère du fonctionnement émotionnel et cognitif et une détérioration des capacités d’apprentissage et de mémorisation.

 

Plus un enfant regarde la télévision et plus il risque de présenter des nuits agitées, porteuses de parasomnies, de crises d’angoisse, de difficultés d’endormissement, de refus d’aller au lit, de cauchemars et/ou de réveils multiples.

Les écoliers de 5-6 ans ont 3 fois plus de chances d’exprimer des troubles du sommeil s’ils sont exposés à des contenus destinés aux adultes, mais néanmoins labellisés « tous publics » dans bien des cas (journaux télévisés, séries, films, etc.).

De manière un peu inattendue, cet effet est présent que l’enfant regarde activement (il porte attention à la télé) ou passivement (il fait autre chose pendant que ses parents regardent la télé) l’écran.

Plusieurs études ont montré qu’en exposant des enfants à des émissions qui ne leur étaient pas destinées, on pouvait générer chez eux une angoisse importante dont l’expression passait souvent par le refus du sommeil et/ou la production de cauchemars récurrents.

 

TV peur et violence :

« La concussion des organisations de santé publique, basée sur plus de 30 ans de recherches est que regarder des spectacles violents peut conduire à augmenter les attitudes, valeurs et comportements agressifs, particulièrement chez les enfants. Les effets sont mesurables et de longue durée » (Congrès de santé publique en 2000).

 

« Les évidences sont maintenant claires et convaincantes : la violence dans les médias est l’un des facteurs causaux des agressions et de la violence réelle. Plus de 3 500 travaux de recherche ont examiné l’association liant violence médiatique et comportements violents ; tous, à l’exception de 8, ont montré une relation positive. En conséquence, les pédiatres et les parents doivent agir » (Académie américaine de pédiatrie, 2009). 

 

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